RÉPRESSION – Encore un sombre week-end pour la free party

C’est un nouveau week-end noir pour le mouvement free party. Du 14 au 16 août, de nombreuses fêtes libres ont été organisées sur l’ensemble du territoire français, faisant face à une répression accrue des forces de l’ordre, entre saisies de matériel et annulation de soirées au dernier moment. Des décisions drastiques invoquant la crise sanitaire pointent aujourd’hui du doigt de petits rassemblements comme synonymes de clusters.

Ce 15 août 2020, habituellement festif, fût un sombre week-end pour la free party. Des saisies de matériel manu militari ont eu lieu aux quatre coins de la France de manière simultanée : Île-de-France, Occitanie, Hauts de France et Grand Est. D’autres soirées se sont vu quant à elles annulées au dernier moment, contraint d’abandonner l’idée de faire la fête face à la pression des autorités – bien souvent contre chantage de saisie (comme pour les KTS / Exosphère, ou bien une autre soirée à Lomme en périphérie de Lille). En ces temps de crise sanitaire non résorbée et quelques jours après l’énorme fête libre s’étant déroulée dans le Larzac du 8 au 12 août, c’est l’ensemble du mouvement qui s’est fait mettre à mal au travers une répression toujours plus insistante.

Si quelques soirées sont tout de même passées entre les mailles du filet et ont pu se dérouler tranquillement (dont on évitera d’ébruiter le nom des collectifs), l’État a souhaité lancer un signe clair à l’ensemble des sound systems français. Et ce notamment en prônant le classique arrêté préfectoral décrété en masse dans différents départements, interdisant – encore et toujours – l’organisation de « rassemblements festifs à caractère musical (de type free party, rave party, teknival) ». Si la free party n’a et ne sera jamais été autorisée, la voilà aujourd’hui grandement réprimée avec une artillerie administrative toute puissante, au nom de la bataille contre le virus.

Rassemblement de 10 personnes autour de musique répétitive

Si l’information concernant le nouveau cadre légal en vigueur est passée à la trappe ou à très peu été relayée ces dernières semaines, Freeform rappelle sur sa page Facebook que depuis le 17 juillet « tous les rassemblements festifs publics regroupant plus de 10 personnes doivent être déclarés (public = manifestation ou une personne se présentant spontanément peut être accueillie gratuitement ou contre le paiement d’une place) que ce soit sur terrain privé ou dans l’espace public ». De ce fait, « en cas de non-déclaration et même à moins de 500 vous risquez une amende de 135 euros par personne, une saisie et d’autres poursuites comme la mise en danger de la vie d’autrui qui peuvent aller jusqu’à de la prison », explique l’association.

Quatre saisies de matériel au compteur

DAMAGE KORE / DKP / FTS
Essonne (91), Île-de-France

Avec un cumul de 1000 participants répartis en 48 heures de fête sur un terrain de la commune de Boutigny-sur-Essonne, les collectifs franciliens Damage Kore, DKP et FTS se sont vus saisir l’ensemble de leur matériel (estimé à 30 000 €) le dimanche après-midi avec une évacuation du site empêchant tout nettoyage du site en profondeur (comme pour le multison en Lozère). « La Utopiraterie (ndlr : nom de la soirée) fut une réussite, une 48h comme on les aime avec une forte cohésion du public et des sound systems. Malgré la saisie nous ne lâcherons rien, le droit à la fête sera toujours notre priorité », déclarent avec ténacité les organisateurs à Mouvances Libres. Ces derniers « déplorent cette répression et revendiquent un droit à la fête » dans un nouvel article du Parisien, en guise de réponse aux déclarations de la mairesse du village.


PTS / VSP
Hérault (34), Occitanie

Pour un petit calage de 50 personnes débuté le vendredi soir par les sound systems PTS et VSP, les gendarmes sont intervenus dans la journée de samedi pour saisir une bonne partie du matériel. À savoir : deux racks d’ampli, quatre platines, deux tables de mix, trois ou quatre caisses de câbles, trois jeux de lumière, deux groupes électrogènes et trois enrouleurs électriques. L’organisateur « a discuté un peu avec les gendarmes dans la nuit, mais ceux-ci n’ont pas su lui dire s’il y avait un arrêté ou non », explique une source proche. « Une audition avec l’organisateur a eu lieu ce lundi » 17 août, alors que « le gendarme a bien noté les différents faits en sa faveur ainsi que le fait que ses collègues n’avaient pas su lui dire s’il y avait un arrêté », continue cette même source.


POLYPHÈME / EXOD
Nord (59), Hauts de France

Alors que cette soirée organisée sur terrain privée avec accord du propriétaire par les collectifs Polyphème et Exod sur la commune de Feignies n’avait pas encore débuté, les organisateurs sur place ont eu « la « visite » d’une brigade de la BAC, de la police nationale et de la DDSP ce samedi 15 août », déclarent-ils dans un communiqué Facebook. Alors « en pleine installation pour l’événement prévu le soir même, les policiers présents sont rentrés sur le terrain sans autorisation, ils ont embarqué le propriétaire pour aucune raison, et quatre personnes de chez nous, dont deux avec violences ». Les forces de l’ordre « ont menacé de casser le matériel, et ont mis plusieurs coups sur des racks pleins », toujours selon les organisateurs, entraînant une saisie de tout le matériel de sonorisation (enceintes et racks d’ampli).


COLLECTIF NON CITÉ
Meurthe-et-Moselle (54), Grand Est

Cette free party s’est déroulée sans accrochage avec un peu moins de 250 participants (contre 500 dépeints par les autorités) sur un très beau site trouvé sous un pont de la commune de Toul. Selon un des organisateurs « le rêve a tourné au cauchemar » aux alentours de 14h lorsqu’ils décidèrent de « couper le son et de remballer le matos », explique-t-il via un communiqué sur Facebook. Treize fourgons de CRS ont alors encerclé le spot en bloquant tous les accès, sans aucune discussion ni accord possible. Une saisie intégrale du matériel s’en est suivie tandis que l’organisateur encourt 1 500 € d’amende pour organisation de rassemblement non autorisé. « La saisie n’est pas signe de fin ! », assurent les concernés en guise de protestation.


Si vous avez subi une saisie de matériel ou fait face au force de l’ordre durant ce week-end en tant que sound system de free party, n’hésitez pas à nous faire parvenir des informations pouvant compléter cette liste. Le Fonds de Soutien Juridique des Sons (FSJS) est également à votre disposition pour vous aider à prendre en charge les frais d’avocat à engager lors des procès, mais aussi pour vous fournir de nombreux conseils utiles.


Article : RÉPRESSION – Encore un sombre week-end pour la free party
Réalisation : Erwan
Visuel : Doogloo’teuf Tof
Photos : Damage Kore, Shouw LSA, VSP
, Tape Ta Tek, Doogloo’teuf Tof

Mouvances Libres


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