MUSIQUE – Texte original de Toolbox suite au Disquaire Day à Paris

Réflexion par Toolbox sur la complexité de l’industrie musicale indépendante, suite au Disquaire Day.

NEUVIÈME ÉDITION DU DISQUAIRE DAY À PARIS

Contrairement à d’habitude, ici le texte ne vient pas de la rédaction de Mouvances Libres, mais du disquaire parisien, Toolbox, petite boutique de vinyles située dans le 11e arrondissement, spécialisée dans la musique underground et électronique alternative depuis 1998 ! Un texte superbement écrit suite à la neuvième édition du Disquaire Day qui s’est déroulé ce samedi 13 avril à Paris, où l’on y voit se développer la problématique majeure des disquaires indépendants face aux monstres de l’industrie musicale… Une réflexion très intéressante, à lire et faire partager, car bon nombre nous sommes à nous passionner pour la musique électronique underground, sans pour autant s’imaginer et se rendre compte de la complexité de subsister dans le commerce de la musique aujourd’hui, tout en restant INDÉPENDANT !

TEXTE ORIGINAL DU DISQUAIRE PARISIEN TOOLBOX

Cette année Toolbox a fait 1028 € au Disquaire Day.

Toolbox, pour ce Disquaire Day proposait exclusivement des vinyles « maison ». C’est un essai, une tentative de concevoir cet événement de manière « articale »*, sans tomber dans « le piège ».

La première année où Toolbox a participé au Disquaire Day, j’ai bien halluciné sur le chiffre d’affaires de la boutique.

On avait fait un truc genre, 2400 € de recettes. Pour nous c’était énorme. La seconde année, c’était bien aussi, avec des recettes s’élevant à 1800 €. La troisième année, on était arrivé à 1200 € et l’an dernier qu’à 800 € de recettes. Une descente progressive pour de plus en plus de disques achetés chez des « gros distributeurs ». Il fallait se poser les bonnes questions !

Est-ce un problème d’investissement de notre part ?

Certains magasins ont vraiment investi sur ce jour là. Ils prennent des quantités vertigineuses de re-pressages de Bowie, de Mylène Farmer, etc. À présent, le public sait que c’est chez eux qu’il va trouver son bonheur et finalement ne prend plus la peine de venir chez nous. Je les comprends d’ailleurs très bien, les uns comme les autres. Le CALIF lui-même, organisateur de la manif, avait son shop à un moment donné. Ils ont apparemment cessé parce que le conflit d’intérêt était manifeste : on ne peut être à la fois organisateur subventionné et disquaire qui concurrence ceux que l’on est censé aider.

Communiquons-nous suffisamment en tant que disquaire ?

L’opération a incité à la création d’événements qui réunissent disquaires improvisés, stands de labels, conventions de « discogueurs » plus ou moins magasins physiques… Ces opérateurs occasionnels créent des événements assez sexy, et reçoivent une forte couverture médiatique, comme à la Rotonde par exemple. Ils nous coupent l’herbe sous le pied.

D’ailleurs ce sujet revient très souvent lors de tables rondes entre disquaires… mais ça ne change rien. De « fête des disquaires » ça devient la « fête du disque » !

En tout cas, communiquer est inutile, car nos messages sont brouillés par la communication de masse qui oriente le public vers les pop-up store, les gros shops et les événements hors-disquaires.

Et la musique dans tout ça ?

Une grande partie des productions du Disquaire Day est devenue des « hommages » aux artistes qui ont rendus l’âme dans l’année, des « réchauffés » de vieux groupes avec pseudo-nouvel album, des « tremplins » pour le nouveaux poulains de « Major Compagnies » aux puissants porte-voix, des ré-éditions de disques chers… Tout ça tombe dans le « médiatiquement bankable ». Finalement les catalogues s’apparentent à des programmes de radio nostalgie. Pourquoi pas… on a tous notre madeleine de Proust ! Mais est-ce réellement la vocation de Toolbox ? Je ne le pense pas. Ou alors en musique électronique, et encore pas n’importe lesquelles… En fin de compte la musique que je défends est assez peu représentée dans les catalogues du Disquaire Day français. Et obtenir des disques des Disquaire Day étrangers est extrêmement complexe car la notion de « nation » est très importante aux yeux des organisateurs de l’événement dans chaque pays, ce qui nous empêche souvent de pêcher ailleurs qu’en France.

Pour qui travaillons-nous exactement ?

Les catalogues du Disquaire Day sont construits à 80% par des « gros distributeurs », dont les « produits » finissent en supermarchés culturels… Sauf un jour dans l’année : le « Disquaire-Day », car seuls les disquaires indépendants sont censés avoir accès à ce catalogue (ce qui s’avère être faux à plus d’un titre, mais passons…). Cet événement est donc censé être une main tendue des « Majors » aux disquaires indépendants pour leur offrir un « contre-pied », afin qu’ils « tirent leur épingle du jeu ».

Mais c’est aussi une façon de leur faire ouvrir des comptes et d’essayer d’en faire des clients réguliers, en aucun cas c’est un geste d’amour ! Il s’agit bien là d’ouvrir un marché. Ce n’est pas un réel soucis, mais c’est mieux d’en être conscient.

Quel est, au juste, le rôle du disquaire indépendant ?

« Qui ne dépend pas d’une autorité, qui n’est pas subordonné », c’est la définition au sens premier du mot « indépendant ». Donc logiquement un label indépendant n’est pas subordonné à des contrats d’exclusivité. Or, les supermarchés culturels, sur lesquelles les « Majors » comptent pour vendre leurs productions, réclament à leurs distributeurs des contrats d’exclusivité. De fait, un vrai label indépendant est un label qui ne vend pas sur ces réseaux et son seul débouché physique sont les disquaires indépendants.

Si nous laissons les « gros distributeurs » envahir nos bacs, ne prennent-ils pas la place d’un disque qui nous ressemble : un disque d’un label indépendant ?

Et puis le disquaire indépendant est pointu, il crée et accompagne ses vagues, même toutes petites. Ce qui compte c’est d’être soi-même et surtout pas de suivre les gros paquebots. Il offre la possibilité d’une alternative à la consommation de masse… C’est un lieu de découverte, de curiosité vivante. À mon avis le Disquaire Day est l’occasion pour le public de redécouvrir cet aspect des choses !

Quel avenir pour le Disquaire Day ?

Le Disquaire Day hésite entre fête de la musique, fête du support physique, fête du disquaire… Au-delà il pose la question du « retour du disque » : est-ce une nostalgie, une mode, ou une vraie dynamique musicale ? Les disquaires le mettent plus ou moins à leur sauce répondant à ces questions de manière diverses. Rien n’est jamais parfait et toujours quelques réglages restent à faire.

Merci à celles et ceux qui sont venu.e.s, nous nous sommes fait plaisir à mixer et rencontrer des gens ouverts. Vive l’indépendance !

À suivre…

*Concept de l’underground désignant la contraction de « artistique » et « radical, terme qui va tendre à se développer.

Merci à Toolbox et Christophe Brunel pour ce texte riche en explications et en informations.

Wanderer.

Article : MUSIQUE - TEXTE ORIGINAL DE TOOLBOX SUITE AU DISQUAIRE DAY À PARIS

Réalisation : Wanderer

Texte : Toolbox & Christophe Brunel

Visuel : Toolbox

Photos : Toolbox, Disquaire Day
Mouvances Libres

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