MUSIQUE – Le CLAC : le nouvel instrument électronique de Bilal du Da Krew

Bilal du Da Krew, agitateur de la scène musicale électronique toulousaine depuis de nombreuses années, invente un contrôleur à coulisse à la sauce DIY. Il nous as semblé que le contexte créatif de cet artiste, avait aussi son importance et était indissociable de cette invention. On a parlé nouvel album, ateliers DIY et Nature.

Peux-tu peut-être commencer par nous présenter tes projets artistiques ?

En 2012, après la fin du Da Krew, mon groupe de potes d’enfance constitué de quatre MC’s et deux machines, j’ai commencé à me diversifier énormément dans le domaine musical. Sur scène, on a pu avec l’autre machiniste Val donner la priorité à notre projet annexe DaKrewLab. Un duo existant depuis 2006 avec lequel nous avons sorti un premier album vinyle Moon Phase Garden en 2018 ainsi qu’un nouveau show scénique avec intégration de vidéo synchronisée. Musicalement on est très influencés par Amon Tobin et on navigue entre electro, breakcore, trip-hop avec comme cheval de bataille beaucoup de jeu live à main levée.

« Musicalement j’explore les rythmiques « bancales » popularisées dans le beatmaking par J.Dilla dans un cadre plus électro. »

Bilal Da Krew

J’animais aussi Les Space Jam Sessions sur Toulouse. Des scènes ouvertes mensuelles pour musiciens électroniques que j’ai mené de 2016 à 2019. Le but était de faire sortir les geeks musicaux comme moi de leur chambre, surtout ceux qui on une pratique de jeu live type fingerdrumming, clavier, etc. Là, ça reprenait un peu les bases : je prends le beat, tu joues la basse, toi la mélodie, on joue dans telle gamme, telle tonalité. Une très bonne expérience pour moi, des très belles rencontres humaines avec les fidèles jammeurs et l’espoir d’avoir pu montrer à une génération de public toulousain que la musique jouée sur machines peut être agréable à regarder.

Les ateliers Stick’Em Up et maintenant Select Players avec ma compagne vont plus loin et rendent le public acteur : n’importe qui peut jouer de la musique en groupe et sur n’importe quoi (contrôleurs de jeu, légumes, etc.).

Nous avons suivi la sortie de ton premier album Le nouveau monde. Nous sommes curieux de comprendre ce qui a motivé cette production hétéroclite ?

J’ai recommencé à écrire en 2016 après dix ans de pause. Tous les titres rappés sont fleuves, en un seul couplet. Ils sont retranscrits dans un livret PDF avec les visuels de l’album. Musicalement j’explore les rythmiques “bancales” popularisées dans le beatmaking par J.Dilla dans un cadre plus électro. J’utilise énormément de samples que je découpe généralement pour recomposer mes propres mélodies. Parmi la quarantaine de morceaux en cours qui traînaient sur mon ordi, trois ont été composé lors des Loop Sessions, des challenges de production à partir de sample en quatre heures.

J’en ai au final choisi dix-sept qui pouvaient être intégrés dans un album sur une thématique Science-Fiction. Parce que, comme j’écris dans “Demain”, « la SF nous a rattrapé » à travers les tensions sociales, environnementales et maintenant sanitaires. J’ai écrit et composé au dernier moment le morceau n° 00 pour donner la ton de l’album. On a créé le visuel avec mon pote Val qui est graphiste.

« Pour ce qui est du MP3 et du streaming je préfère que le maximum de gens puissent avoir accès, au final je trouve que l’accès à la culture doit être universel. »

Bilal Da Krew

Les histoires que racontent cet album vont de la vision globale sur l’histoire et le destin de l’humanité avec “Enter The Future” jusqu’à la danse saccadée à la recherche vitale de l’eau, avec “War for Water”. On passe également par des morceaux plus oniriques avec par exemple “Driving in NeoCities”, une promenade électronique en quintuplet swing dans une ville en ruine sur la moto d’Akira. Ou encore “Smoking With A Girl (S.W.A.G), l’histoire d’un petit joint avec une inconnue au détour d’un quelconque troquet post-apocalyptique. Les détours sont aussi multiples que les tracks.

Je mets à disposition le zip de mon album contenant les pistes mp3, les textes et les visuels. Il est aussi en playlist sur ma chaine YouTube avec l’album du DaKrewLab, des lives et des impros aux machines.

Pourquoi faire le choix de diffuser tes œuvres et inventions gratuitement, ou presque ?

Pour les œuvres musicales j’ai trop eu l’expérience de cartons de CD qui restent dans les placards et je suis lucide sur la façon de consommer la musique. Avec DaKrewLab on a fait passer le vinyle avant tout. On le vend à prix libre à partir de 8€ juste de quoi pouvoir rembourser le pressage à 300 exemplaires, en donnant 100 exemplaires à nos proches. On sait que se rembourser prendra des années, au rythme de nos concerts. Pour mon album, je compte faire quelque versions physiques, en mode pièce unique DIY avec un look SF.

« Pour nous […] apprendre à cultiver la terre devrait être enseigné partout dès le plus jeune âge […] et tout ce qui permet de nous affranchir du besoin d’argent. »

Bilal Da Krew

Mais pour ce qui est du MP3/streaming je préfère que le maximum de gens puissent avoir accès, au final je trouve que l’accès à la culture doit être universel. Ce que j’essaie de monnayer ce sont les prestations type concerts ou ateliers. Mes “inventions” sont pour l’instant pour certaines utilisés dans les ateliers comme le MegaControler réalisé avec les jeunes du quartiers Negreneys à Toulouse. Mais la plupart sont dans ma grotte de geek à la coloc en attendant que je monte un projet musical ambitieux où je pourrais les utiliser.

Tu viens de sortir un nouveau “jouet” musical ambitieux : Le CLAC (ControLeur A Coulisse). Peux-tu nous le présenter ?

Un musicien, qui va peut être devenir mon premier client pour un contrôleur, a mis des mots très justes sur les gens qui ont une approche rythmique du jeu : on a la frustration de la corde. Cette possibilité et sensation de pouvoir glisser entre les notes. Le système de coulisse est génial pour ça. Mais j’en suis au stade expérimental pour la “glissance” et le contact parfaits entre la poignée et les touches en papier d’aluminium. Le système est très low-tech. On fait contact entre la masse et une PIN digitale d’une Arduino. On rajoute un bon code dedans, MIDI Hairless. C’est un software gratuit qui fait le lien entre Arduino et Ableton et qui déclenche des notes.

Ne reste plus qu’à choisir des instruments et des gammes, puisque le CLAC est conçu pour jouer une gamme sur deux octaves. Mais on peut faire tous les types d’accordages alternatifs. C’est juste de la programmation dans Ableton ou MaxForLive. Au delà de l’aspect musical, il est dans ma tradition de gros contrôleurs. Un peu à l’inverse de la miniaturisation de l’électronique pour le rendu scénique et la jouabilité.

Un dernier mot sur ton lieu de vie qui se transforme progressivement en jardin pédagogique ?

Un projet avec ma copine, qui regroupe notre parcours de vie, qui tend vers plus d’autonomie alimentaire et une volonté pédagogique issue de notre travail en animation. Pour nous, comme pour beaucoup de gens en fait, apprendre à cultiver la terre devrait être enseigné partout dès le plus jeune âge, comme la construction écologique et tout ce qui permet de nous affranchir du besoin d’argent.

Globalement on est dans une démarche de recherche continue sur le végétal pour en tirer nourriture, médecine, produits d’hygiène et d’entretien, matériaux, combustibles, alternatives aux produits chimiques ou au plastique. Malheureusement l’aventure ramonvilloise s’arrête cet été puisque notre maison où je suis en collocation depuis 2011 est revendue à un promoteur. La morale, c’est que cet été on rentre définitivement en Dordogne pour faire la seule chose qui ait du sens pour un français en 2020 : trouver un terrain, construire sa maison en terre paille, cultiver un potager et planter des arbres, continuer notre travail pédagogique et artistique auprès des périgourdins.

Si je réussi mon coup Peyrignac deviendra la Silicon Valley et concurrencera Berlin sur le plan artistique. Sinon ce n’est pas grave, j’irai aux cèpes et je ferai des vidéos avec des contrôleurs de l’espace.

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin dans la découverte, Bilal du Da Krew a aussi un site internet !


Article : MUSIQUE – Le CLAC : le nouvel instrument électronique de Bilal du Da Krew
Réalisation : L’indien
Visuel : Bilal Dakrew
Vidéo : Bilal Dakrew

Musique : Bilal Dakrew, Da Krew, Da Krew Lab

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